Pourquoi avoir écrit un livre sur la spiritualité ?
Ce livre, je le portais en moi depuis longtemps. Il raconte une quête spirituelle commencée le jour où mon père m'a donné le choix de croire en un monde créé par Dieu ou en la théorie
de l'évolution des espèces. Je n'avais que six ans.
C'est au prix d'une grande solitude que j'ai entamé un dialogue avec Dieu dans une famille athée qui n'a jamais vraiment compris pourquoi je laissais les valeurs spirituelles
diriger ma vie. Mais plus qu'au service d'une religion, elles se sont exprimées à travers l'amour, la maternité, des actions citoyennes mais surtout au service
d'une recherche artistique sans concessions avec un désintérêt évident pour le confort matériel.
En écrivant ce livre, j'ai pu rassembler mes diverses expériences et ainsi m'apercevoir que tout était lié que mes errances aussi menaient à Dieu.
C'est donc un livre autobiographique ?
Si j'avais voulu écrire une autobiographie je l'aurais d'avantage romancée. C'est avant tout le témoignage de ma foi. Je ne relate des évènements de ma vie que
pour traduire ce qu'ils m'ont apporté sur le plan spirituel. J'ai publié certaines de ces réflexions sur des blogs et c'est parce que des gens m'ont dit que mes interrogations
rencontraient leurs préoccupations que j'ai été encouragée à écrire ce livre.
Je cite certains auteurs qui m'ont fait vibrer comme Kahlil Gibran, Krisnamurti. Marc Alain Ouaknin ou Sœur Emmanuelle avec une mention toute particulière pour
le livre de Patrick Levy " Le kabbaliste "qui m'a fait découvrir la mystique juive.
Comment vous définissez-vous sur le plan religieux ?
Comme une "indisciple "c'est à dire pratiquante d'aucune religion. La spiritualité pour moi est une école de la liberté. Je préfère de loin, la voie mystique à tous les dogmes. Je me
sens surtout judéo-chrétienne.
Baptisée catholique mariée religieusement selon le rite chrétien orthodoxe, je ne veux pas oublier que j'ai aussi des origines juives du coté de mon père. Je n'en ai subi aucune influence
religieuse mais il y a quelque chose qui me ressemble dans la citation de Rabbi Nahman. " Ne demande jamais ton chemin car tu ne pourrais pas t'égarer". J'aime beaucoup ce
que je perçois de la Kabbale mais je n'en suis qu'au stade de la découverte. Je n'ai pas encore pris la décision d'étudier le lettres hébraïques.
Vous abordez des thèmes comme la foi, le doute, la liberté, l'amour, la maternité , la passion, l'art la souffrance, la compassions le pardon la
vieillesse et le rapport au surnaturel. Qu'est -ce qui fait la spécificité de votre approche ?
Elle est ressentie de l'intérieur et traduit ce que les épreuves de ma vie m'ont permis de comprendre. Bien des choses qui sont dans ce livre peuvent se trouver
ailleurs.mais c'est ma façon de mettre les évènements en relation qui est particulière. Les passages mystiques du livre ne contredisent pas l'analyse lucide des
écueils rencontrés par les religions et la nécessité de leur dépassement pour trouver Dieu.
Je ne fais pas non plus l'impasse sur le surnaturel. C'est peut-être le message le plus fort de ce livre qui justifie à lui seul le fait de l'avoir écrit. Il n'y a de spectaculaire
dans ma façon d'aborder ces questions. Le surnaturel coule de source et nous fait signe dès que nous y sommes réceptifs.
Êtes vous passée facilement du style provocateur d' Une peinture subversive "ou de " la Grognasse " à celui d'une aventurière de Dieu ?
Facilement non, sauf pour les passages les plus inspirés qui se sont un peu écrits tout seuls ou guidés par une plume invisible. Si je regrette parfois la spontanéité du style
de certains livres écrits précédemment, il me semblait impossible d'adopter un ton cynique pour parler de Dieu.
Depuis que je m'exprime sur des blogs, j'ai changé et plus encore après avoir écrit " Une aventurière de Dieu " qui m'a apporté une grande sérénité. Le fait qu'un
livre comme " la Grognasse " ou " Une peinture subversive " n'aient pas été édités me donnerait envie de les oublier dans un tiroir (notamment la Grognasse " tant le style est aux
antipodes de celui de mes textes spirituels.
Tout compte fait, je ne renie rien. Le fait de ne pas me renier est au cœur de ma démarche et vient en écho avec le refus du parjure. Dans certains textes précédents, l'écriture
qui conjure le désespoir par l'humour et l'autodérision traduit bien les moments difficiles de ma vie que ce soit dans mes confrontations artistiques avec les institutions ou dans la
douleur de la prise de conscience du handicap de mon fils.
Tant pis si le mélange des genres choque ! Il prouve au contraire que Dieu ne s'adresse pas qu'à des personnes irréprochables sous tous rapports et que les plus belles fleurs poussent
aussi dans le fumier.
Au moment d'écrire " Une aventurière de Dieu "je me suis posé la question de savoir qui j'étais pour me lancer dans une pareille entreprise. Je ne suis pas une sainte et suis loin d'avoir
le charisme des grands mystiques ou du Dalaï lama, de l'abbé Pierre ou de Sœur Emmanuelle. Je ne suis pas non plus une érudite, spécialiste, des grandes religions. Mes
réflexions philosophiques se nourrissent de mon vécu ainsi que de certaines lectures.
J'aime l'idée qu'il ne doit pas y avoir de séparation entre la réalité de ce que nous sommes et nos aspirations spirituelles. Il n'est nul besoin d'entrer en religion pour cheminer vers
Dieu. C'est aussi l'un des grands messages de mon livre. C'est en ceci que c'est une spiritualité très actuelle En temps de crise, quand bien des gens ont l'impression que tout
dans leur vie va de travers, il est important qu'ils sentent que Dieu est à leur portée, tels qu'ils sont malgré leurs imperfections et leurs zones d'ombre.
Pourquoi avoir appelé ce livre" une aventurière de Dieu ?"
Avant tout parce que je me sens une aventurière. Toute quête initiatique n'est-elle pas une aventure ? Les épreuves rencontrées par tout héros à la recherche du Graal ne
sont-elles pas un hymne à l'aventure humaine dans ce qu'elle a de plus universel.
Ma façon de vivre une vocation artistique en funambule sans filet est une aventure solitaire ou presque car mon compagnon fait partie du voyage.
J'avais commencé par nommer ce livre " une aventurière de l'âme " mais des personnes athées pourraient aussi se définir ainsi. Or, il se trouve que Dieu est le personnage principal de
mon livre. Je viens à lui dans ma vérité nue, riche de mes lacunes , de mes imperfections de mes manques.
Le fil conducteur qui parcourt le livre est tissé de ces instants mystiques où je sens que la rencontre avec l'être aimé invisible est proche.
Dieu est ma plus belle aventure.