ACTE 1: extrait

Résumé

 

A la fin de la scène 1 , Sandrine et Lisette arrivent devant une grille et un portail  éclairé par une enseigne indiquant : GIGACONSOM. Dans la pénombre apparaît le fond de scène : façades d'immeubles éclairées par des panneaux commerciaux fluorescents ou lumineux. Sandrine lâche sa charrette. Lisette descend avec deux gros paniers remplis qu’elle pose à terre.

 

SANDRINE :Cette grille est complètement fermée. Nous sommes arrivées trop tard. Je me demande où je vais dormir en attendant demain matin. Il fait un peu froid et cet endroit ne me plait pas du tout.. Ah regarde  ! Il y a un système électronique. (Elle lit :) Introduisez votre  carte bancaire et faites le numéro de code : « Droit d’entrée  dix euro remboursables au premier achat ! » Oh là là Je n’ai pas de  carte ! Et toi mamie, tu en as une ?

 

LISETTE : Plus maintenant. La mienne est périmée depuis longtemps

 

SANDRINE :J’ai été folle de venir ici ! Ah attends ! Il y a un autre système pour les  cartes qui ne, marchent pas.  On peut sonner ! Tout simplement ! (Elle appuie sur le bouton).

 

Derrière le grillage apparaît Bruno homme d’environ trente ans avec une torche électrique.

 

Acte 1 scène 2

Scène 2  : SANDRINE, LISETTE, BRUNO

 

 

BRUNO : Qui est là ? Vous n’avez pas votre  carte bancaire ? S’il y a un problème tapez votre code d’accès.  Votre profil s’affichera et la porte s’ouvrira.

 

SANDRINE : Je n’ai rien de tout ça !

 

Bruno ouvre la grille et sort. Il regarde les deux femmes d’un air soupçonneux.

 

BRUNO : C’est louche !

 

LISETTE : ’est toi qui louches mon pauvre ! C’est quoi cette ville ? Un bunker ?

 

SANDRINE : Une forteresse ? Un temple ?

 

BRUNO : Presque ça !  Le temple de la consommation. Et vous qui êtes vous ? D’où venez-vous ?

 

SANDRINE : Moi je viens d’un village et ma gand-mère revient  d’un marché du passé. Je suis paysanne !

 

BRUNO : Pas besoin de ça chez nous ! Partez tout de suite où j’appelle mon chien !

 

SANDRINE : Vous pourriez être plus aimable ! Un petit sourire, ça n’a jamais fait de mal à personne !

 

BRUNO : Peut-être mais c’est dix euros !

 

SANDRINE : Pardon ?

 

BRUNO : Vous avez bien entendu ! Si vous voulez me voir sourire, c’est dix euros.

 

Sandrine sort un billet de sa poche et le lui tend.

 

SANDRINE : J’ai besoin de le voir pour le croire !

 

Bruno prend le billet et sourit d’un sourire édenté.

 

LISETTE : Sur que ça valait dix euros.  Y z’ ont pas de dentiste ici ? Ces dents toutes noires ça me rappelle quelqu’un !

 

BRUNO : J ’ai vendu mes dents aux enchères.  Enfin, si ça vous amuse, vous en avez pour votre argent …Maintenant dites- moi ce  que vous voulez.

 

SANDRINE : On dirait que l’argent vous rend plus aimable. Je cultive des fruits et légumes biologiques. Je venais voir si je pouvais en vendre aux magasins d’ici.

 

BRUNO : Ah si c’est pour faire du commerce, vous êtes au bon endroit ! Fallait le dire tout de suite. Je vais soumettre le produit pour une étude de marché.

 

LISETTE : On aura tout vu ! Maintenant, ils ont besoin de faire des études rien que pour aller faire leur marché. S’il faut bac plus quatre pour aller aux commissions, il n’y aura bientôt plus de clients.

 

BRUNO   ( s’approchant de Sandrine)   Faites voir la marchandise !

 

Sandrine présente un panier. Il soulève quelques tomates et recule effrayé !

 

BRUNO : Ah ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Vous vous moquez de moi ou quoi ? C’est froid, c'est  gluant.  Ça sent fort et il y a de la terre !

 

SANDRINE : Ce sont simplement des tomates. J’ai aussi des pommes, des poireaux et des choux.

 

BRUNO :Mais qu’est-ce qu’ils font de spécial vos fruits ? Vos pommes par exemple  ? C’est pour jouer à la balle ?

 

SANDRINE : Très drôle ? Et puis quoi encore ?

 

BRUNO :Pourquoi sont-elles  rondes alors ? Comment pouvez vous les empiler dans les rayons ? Vous imaginez la perte de place et qui dit place dit produit en vente !

 

LISETTE : Ducon, tu veux quand même pas des pommes  carrées ?

 

BRUNO : C’est mieux  calibré pour le conditionnement. Mais vous êtes qui vous au juste 

 

LISETTE : Lisette, Zezette pour les intimes : la marchande de quatre saisons.

 

BRUNO : Ah parce que vous vendez aussi les saisons…C’’est intéressant !  J’avoue que nous n’y avions pas pensé … Il faudra en parler au Ministre du commerce. Si le produit est rentable, je vais avoir de l’avancement. Je demande quelle clientèle cibler.  Vous faîtes un prix à l’unité ou un prix pour le lot de quatre ?

 

LISETTE : Il est rigolo !

 

BRUNO : Mais c’est très sérieux ! Je me demande quelle saison se vend le mieux. Sans doute  l’été à  cause du soleil bien sûr  ! Nous pourrions mettre l’hiver en promotion afin de fidéliser  la clientèle…et enchaîner sur le printemps Ils vous reste beaucoup d’hivers en stock ?

 

LISETTE : Pas autant qu’à vous si j’en crois la différence d’âge mais j’en ai encore un wagon.

 

SANDRINE : Mamie partons !  Ce n’est pas une ville ! C’est un hôpital psychiatrique. Il ne raconte que des choses incohérentes..

 

BRUNO : C’est vous qui devriez vous faire soigner avec vos fruits bizarres.

 

Lisette prend le panier et lui tend une pomme.

 

 

LISETTE : Tiens mon grand, prends  une pomme !  Avec tes dents pourries, t’auras du mal à les croquer mais tu vas voir comme c’est bon !

 

BRUNO : Non ! Je n’ai pas confiance.  Ça  me rappelle une histoire que ma grand-mère me racontait quand j’étais petit … Une vieille sorcière tend une pomme à une belle jeune fille et la pomme était empoisonnée !

 

LISETTE : Ha, ha ha  (elle rit) ! Il se prend pour Blanche Neige ! Blanc comme la neige avec des dents noires comme l’ébène. Il me rappelle plutôt plutôt Cheese !

 

SANDRINE : Qui était  Cheese ! Un crémier ?

 

LISETTE : Non pourquoi ?

 

SANDRINE : Ça  veut dire fromage en anglais.

 

LISETTE : Oui mais lui il était pas anglais. C’est pas pour ça qu’on l’appelait Cheese. Il avait les dents toutes noires. En plus c’est vrai que sa bouche sentait un peu le  camembert bien fait. Les copines l’avaient surnommé Cheese à  cause de son sourire.

 

BRUNO : Quel sourire ?

 

LISETTE : Ben le sourire de Marylinn. Sauf que lui c’était pas une star ! Une vraie vedette quand même ! On aurait pas pu s’en passer;

 

SANDRINE : Qui était ce monsieur ?

 

LISETTE :  Une pèlerine ! C’était comme ça qu’on appelait les flics. A l’époque on disait pas encore les poulets. Nous les poulets on les vendait sur les marchés. Cheese était le pire de tous. Il m’avait toujours à l’œil. Quand je vendais à la resquille, il m’embarquait dans le panier à salade.  Mais s’ il nous faisait pas de  cadeau, je le ratais pas non plus. J’aurais bien voulu voir la tête de sa moitié  quand il rentrait avec les mains toutes égratignées ! Je crois même qu’il a divorcé. C’est sans doute à  cause de ça !

 

BRUNO : Mais c’est scandaleux ! Alors comme ça, vous vendiez à la resquille ?

 

LISETTE : Ben quand y avait plus de place dans  la rue ! C’est qu’on était nombreuses !

 

BRUNO : Je vais signaler votre présence.

 

SANDRINE : J’en étais sûre !  Il va nous arrêter !

 

Bruno prend son portable  et appelle.

 BRUNO :Il ya deux femmes aux portes de la ville. Elles n'ont pas l'air bien méchantes mais on ne sait jamais.: Elles ont des paniers avec des fruits et des légumes bizarres. La vieille surtout n'a pas l'air catholique...

 

 LISETTE : Si en plus, il faut être catholique ! Moi le bon dieu ne m'a pas épargnée, alors, je ne lui dois rien

 

 

 

BRUNO :Je vais leur demander  (il a toujours le téléphone à la main).  (A Sandrine :)  Vous avez de l’argent sur vous ?

 

SANDRINE  :Il me reste un peu plus de trente euros.

 

BRUNO :C’est tout ! Montrez-moi vos papiers,  enfin donnez-moi votre chéquier, votre  carte  de crédit et numéro de code. C’est tout ce qui m’intéresse.

 

SANDRINE :Je n’ai rien de tout ça mais j’ai des fruits à vendre !

 

Regard réprobateur  de Bruno ! Il s’éloigne avec le téléphone pour ne pas être entendu.

 

SANDRINE : Tu as vu comme il nous a regardées ! On aurait dit que nous étions des dangereuses criminelles !  Nous n’aurions jamais dû venir ! Si tu ne m’avais pas inspiré cette curieuse idée de tenter de vendre mes produits ici …

 

Bruno revient.

 

BRUNO :Vous n’avez rien à faire ici si vous n’avez pas d’argent ni aucune possibilité de dépenser.

 

SANDRINE :Je croyais que le commerce était un échange. J’apporte les produits et en j’attends  de l’argent en retour.

 

BRUNO :Mais de quel monde venez-vous ? Comment peut-il encore exister des êtres humains qui n’ont rien compris à la société de consommation ? Que nous voulez-vous ? Ici on n’achète que des produits entièrement testés en laboratoire. C’est aussi une façon de protéger nos inventions technologiques. Ils sont brevetés vos légumes ?

 

SANDRINE : Pourquoi ? Ils ne sortent  pas d’un laboratoire. Ils viennent de la terre.   Ça  vous dit quelque chose la terre ?

 

BRUNO : Oui les cimetières d’autrefois !

 

SANDRINE : Si c’est tout ce que ça vous évoque,  je comprends vos réticences. Ma terre, celle de mes tomates de mes poireaux et de mes choux, elle est vivante !  Elle respire.  Regardez ces tomates gorgées d’amour de pluie et de soleil ! Y a certainement pas tout ça dans vos laboratoires !

 

BRUNO :Je ne sais pas. Á part ça, elles font quoi dans la vie vos tomates ?

 

LISETTE :Qu’est-ce qu’il croit que ça fait une tomate  ?  Ça pousse pardi ! On la cueille, on la vend, on la mange en salade ou en sauce et après ça finit bien comme le reste….

 

SANDRINE (l’interrompant )Ça va mamie. Pas besoin de détails.

 

BRUNO : Mais à part se faire manger,  elle à quelles propriétés ? Elles soigne des  maladies ?

 

SANDRINE :Oui sans doute. C’est plein de vitamines : de la vitamine C surtout pour renforcer les défenses de l’organisme …

 

BRUNO : C’est peut-être pas mal mais maintenant nos produits sont plus performants. Certains de nos fruits et légumes guérissent l’impuissance et la stérilité.

 

LISETTE : Avant, on avait les bananes pour ça. Nos bonnes vieilles bananes ! Quand on la suce par les deux bouts, ça guérit plein de choses la banane !

 

SANDRINE : Je t’en prie Lisette. Ce n’est pas le moment d’être aussi vulgaire.

 

LISETTE : Non mais qu’est-ce qu’il s’imagine ?  Qu’il va m’apprendre  les fruits et légumes ? Qu’est-ce qu’il y connaît lui ?

 

BRUNO : Quand les gens achètent quelque chose, ils aiment bien que ça remplisse plusieurs fonctions. Ce qui marche très fort ce mois ci sont les fraises musicales. Vous n’en cultivez pas je suppose ?

 

SANDRINE : Non chez moi c’est mon père qui joue de la musique.

 

LISETTE : Nous, on a vendu des haricots qui faisaient de la musique !

 

BRUNO : Des haricots.? Je n’en ai jamais entendu parler. Est-ce qu’ils jouent du classique ou de la variété ?

 

LISETTE : Ça joue quand même pas du Mozart les haricots, les lentilles non plus ! Non mais c’est quand même assez varié. Enfin c’est les gens qu’en mangent qui la font la musique (elle imite le bruit  du pet ). Les haricots eux ils gargouillent.

 

SANDRINE : Arrête !

 

BRUNO : Si vous vous moquez encore de moi, j’ai le pouvoir de vous envoyer en prison.

 

SANDRINE :Faut dire qu’on a du mal à croire que de fraises peuvent faire de la musique. Que jouent-elles ?

 

BRUNO : Au choix du consommateur. C’est lui-même qui programme  comme pour les sonneries de portable. Ça  va du dernier succès de l’année à Beethoven en passant par les marches militaires enfin tout ! Vous n’avez rien vu ma pauvre ! Il y a aussi des épinards qui aident à comprendre les mathématiques,  des abricots qui éclairent la nuit, des  carottes qui parfument la maison…

 

LISETTE : Si t’as la  carotte parfumée, c’est ta gonzesse qui va être contente !

 

BRUNO : J’en ai pas !

 

LISETTE :A quoi te sert la  carotte si t’as pas le pot pour faire la soupe ? Comment tu fais ?

 

SANDRINE : Mamie ! Ça ne nous regarde pas

 

LISETTE : Il nous en pose bien des questions lui !

 

BRUNO :Ici, l’amour c’est pas ça qui manque. A Gigaconsom, il y a du sexe en promotion à tous les rayons. 

 

SANDRINE :C’est dégoûtant chez vous !  Vous voulez dire que les supermarchés sont aussi des sex shops ?

 

BRUNO :Pas uniquement bien sûr. Mais entre autres…

 

SANDRINE :Pensez ce que vous voulez ! En tous  cas l’amour, le vrai est bien la seule chose qui ne sera jamais à vendre .

 

BRUNO : Vous voulez rire ?

 

SANDRINE :Je parle du sentiment.

 

BRUNO : Je ne sais pas trop ce que c’est le sentiment. Mais il y a de la demande pour tout. Là où il y a de la demande, il y a un marché possible.. Bon avec tout ça, vous ne m’avez pas dit à quoi sert votre marchandise ?  Pourquoi voudriez-vous que nous soyons intéressés ?

 

SANDRINE : Tout est biologique.

 

BRUNO : Nous pourrions trouver une clientèle mais nos chercheurs protègent leurs brevets. Reconnaissez  que de devenir  capable de résoudre des équations rien qu’en mangeant des épinards, ça permet de vendre le produit dans les  cantines scolaires. S’éclairer avec des abricots permet de faire des économies d’énergie, ce qui rend plus d’argent disponible pour dépenser dans les hypermarchés.

 

SANDRINE : En tous  cas vos fruits et légumes magiques ne doivent pas être très vitaminés si on en croit l’état de vos dents.

 

LISETTE :On dirait le petit-fils de Cheese.

 

BRUNO  Encore  ce Cheese ?  Vous ne connaissiez  pas son vrai nom ?

 

LISETTE : Pour nous c’était Cheese. A part ça c’était  Roger ou même Gégé .  J’ai entendu les pèlerines l’appeler  comme ça. Ah non attendez, ça me revient ! C’était Roger Fromager.

 

SANDRINE  Il portait bien son surnom.

 

BRUNO : Je m’appelle Bruno Fromager. Mon grand-père s’appelait Roger et il travaillait dans la police comme moi et comme mon père aussi.

 

SANDRINE : Y a pas que des grandes familles de charretières. Y a même des flics sur trois générations…

LISETTE : C’est comme qui dirait génétique : du poulet génétique.

 

SANDRINE : Et là  c’est du génétique à peine modifié. !

 

LISETTE : La pèlerine en moins ! Pour les dents, y a pas beaucoup de progrès….

 

BRUNO :J’avais des dents en or pour remplacer celles qui étaient gâtées. Je les ai vendues dix fois leur prix.

 

LISETTE :Et pour te faire des couilles en or, tu as vendu les vraies ?

 

SANDRINE  Un peu de tenue Lisette !

 

LISETTE : C’est le petit-fils de Cheese ! On est un peu en famille.

 

BRUNO :Vous saviez que vous alliez me trouver ici n’est-ce pas ? C’est un complot.. Qu’est-ce que vous me voulez ?

 

SANDRINE :Plus rien !  J’aimerais une voiture pour rentrer au village ou un hôtel pour dormir. Mais rien de tout ça ne me paraît possible.

BRUNO : Si vous n’avez pas d’argent, vous ne pourrez rien faire. Il y a bien des  places dans la chaîne d’hôtels Dormachat mais sans  carte de crédit,  ce n’est pas la peine d’y songer.

 

SANDRINE :Je ne connais pas ces hôtels.

 

BRUNO : Ça  ne m’étonne pas. C‘est un concept très nouveau et techniquement très au point. Vous consommez en dormant.  En entrant dans votre chambre, vous introduisez votre  carte bancaire dans l’appareil. Au moment de dormir, vous mettez un bandeau électronique sur les yeux. Pendant votre sommeil, les images des produits défilent. L’appareil enregistre les imperceptibles battements de paupières qui montrent qu’un produit touche vos cordes sensibles. A votre réveil, vous récupérez votre  carte de crédit. Vous prenez tranquillement votre petit déjeuner.  Quand vous aller chercher votre voiture au garage, tous vos produits préférés vous attendent sagement emballés dans le coffre. Ce qui est trop volumineux sera  livré le jour même à domicile. Mais sans argent, je n’ai qu’une place de SDF à vous proposer.

 

SANDRINE : Même ça, vous le monnayez ! Vous êtes écœurant !

 

LISETTE Si c'est pour dormir avec les rats et les  cafards, tu peux le garder ton hôtel pour SDF !

 

BRUNO :Ce n'est pas vraiment un hôtel et des rats, nous n’en avons plus. Les  cafards  ne sont actuellement pas en activité. Les poches d'œufs dorment au chaud dans les laboratoires en attendant la prochaine promotion sur les insecticides et donc le prochain lâcher de cafards.

 

SANDRINE :Je ne comprends pas bien.

 

BRUNO : Nous savons depuis longtemps éliminer les  cafards mais si nous voulons vendre nos insecticides restés en stock, il faut alors éparpiller les poches d'œufs partout dans les rues et surtout dans les transports en commun. Vous ne pouvez pas imaginer  comme les  cafards  circulent bien en tramway. Discrètement, on balance des poches d'œufs dans les sacs à mains ou dans les  cartables des écoliers. Trois mois plus tard, c'est l'invasion. C'est la panique  au rayon entretien des supermarchés. Les insecticides se vendent comme des petits pains. Mais ils ne contiennent pas assez de substance active et les gens en rachètent tout le temps. Quand l'invasion est trop forte, les entreprises de nettoyage interviennent avec des produits efficaces et tout rentre dans l'ordre. Pendant ce temps les plus malins se sont dépêchés d'acquérir les actions  qui grimpent. C'est pas beau le commerce ?

 

SANDRINE : C'est légal ça ?

 

BRUNO :Ça  contribue à la bonne marche de l'économie. Alors tout le monde ferme les yeux. C'est le progrès (son téléphone portable sonne). Excusez-moi …

 

Il s'éloigne avec le téléphone.

 

SANDRINE : Il n'y a plus rien à faire ici dans ce monde corrompu ! Je n'aime pas son expression de visage. Il se prépare quelque chose…

 

Bruno   range son téléphone et revient vers les deux femmes.

 

BRUNO :Je vais être obligé de vous arrêter. Ce sont les ordres. Ce sera juste le temps de faire une enquête.

 

LISETTE :Tous les mêmes ! On n'est pas à la resquille quand même ! Les enfoirés !

 

SANDRINE : Mon Dieu que va t'il se passer ?  Ludovic va s'inquiéter…

 

BRUNO :Ce ne sera pas très long. L'ennui c'est que je ne peux pas vous faire entrer à Gigaconsom pour le moment.

 

SANDRINE :Alors laissez-nous partir !

 

BRUNO :Je n'ai pas le droit non plus. Je vais devoir vous attacher avec les menottes ici !

 

SANDRINE :Mais vous êtes fou ! Qu'ai-je fait ?

 

BRUNO :Vous, je ne sais pas. Mais vos fruits et légumes sont sans doute subversifs …

 

SANDRINE :On aura tout vu ! Mes poireaux vont faire la révolution !  Vous les voyez marcher en rang d'oignon avec des banderoles ? Mes choux font de la résistance, mes pommes préparent un coup d'état et mes tomates vont vous prendre en otage. Et encore,  je n’ai pas de grenades…Vous délirez mon pauvre ami !  Et la subversion, ça ne se vend pas dans ce royaume du commerce ?

 

BRUNO :Que dans les supermarchés d’art contemporain qu’ils appelaient autrefois musées ! Ainsi fossilisée la révolution n’est pas dangereuse et paraît presque sympathique. C’est un marché porteur pour les nostalgiques ou pour ceux qui aiment les films d’épouvante    ! C’est une subversion calculée, sans risque. Des légumes qui sentent la terre et le crottin, c’est plus douteux.  C’est pourquoi nous allons les  étudier. Je dois emporter votre charrette pour la faire expertiser par nos commissaires-priseurs et votre marchandise pour le faire analyser.

 

LISETTE : Tu crois peut-être qu'elle transporte de la  came ?

 

BRUNO :A la limite, ce serait plus intéressant. Ça se revend plutôt bien.

 

Il sort une paire de menottes et attrape Sandrine

 

BRUNO : Je vais vous attacher. Comme ça vous ne m'échapperez pas !

 

SANDRINE (se débattant) :Mais laissez-moi. ! Je ne veux pas rester là. Vous n'avez pas le droit. Je porterai plainte contre vous. Laissez-moi partir !

 

LISETTE : Te laisse pas faire mon cœur ! Montre lui que t'es une vraie fille de chez nous. Griffe le comme je griffais Cheese ! Mords-le !

 

Lisette donne des coups de pieds.

 

SANDRINE ( résignée) : Si tu crois  que ça t'a servi à quelque chose ! Ils ont bien fini par t'envoyer à la retraite. C'était déjà mieux que la prison.

 

Bruno  attache Sandrine d’une main   avec une paire de menottes fixée à la grille.

 

BRUNO : Ce sont des menottes électroniques. Bien malin celui qui possède la combinaison pour les ouvrir … ( à Lisette :) Á nous deux maintenant ! Alors tu avoues avoir griffé un agent dans l'exercice de ses fonctions ? Tu sais que ça peut coûter cher…

 

LISETTE :Ça n'a plus d'importance ! Est-ce que Cheese est encore seulement en vie pour témoigner  ?

 

BRUNO (hésitant) :Oui bien sûr qu'il est en vie. Il est âgé maintenant. Il n'a plus toute sa tête.. Je ne l'ai pas vu depuis longtemps. Mais il signera ce que je lui demanderai. Allez viens ! Je ne vais pas me battre avec toi pour une paire de menottes !

 

LISETTE(tendant les mains) : Tiens, tu peux m'attacher. Si tu crois que je vais te laisser piétiner mon histoire pour ça, tu te fourres le doigt dans l'œil. Tu vas me le payer !

 

Bruno attache Lisette qui ne résiste plus.

 

BRUNO : Ici c'est moi qui fais payer !

 

NOIR

Le livre Gigaconsom

Parution en 2015

Le livre

 

LA CHARLITUDE, ÇA N'EXISTE PLUS

de  Martina Charbonnel

107 pages noir  et blanc 14,85x21 illustrations N et B

9,80 €

 ISBN  : 979-10-90342-21-7

 2014

 

MOUVEMENT CONJONCTION

L'avant-garde en peinture

Auteurs :

Georges Koutsandréou et Martina Charbonnel


Le livre MOUVEMENT CONJONCTION Bannière 648x6

153 pages couleurs  format A4 39,59 €

ISBN : 979-10-90342-19-4

2013

 CLONITUDE

de  Martina Charbonnel

Roman ( écrit en 1997)

200 pages(14,8x21cm)  16 €

979-10-90342-16-3

2012

Le livre L\'enterrement du dernier peintre

L'enterrement du dernier peintre

de Martina Charbonnel


Livre sur l'art contemporain

283pages 14,85x21 16 €

ISBN :  979-10-90342-08-8

 

Le livre L\'injection létale

L'injection létale

Les dangers d'une loi sur l'euthanasie

de Martina Charbonnel

109 pages  14x85x21  11,50 €

 ISBN  979-10-90342-12-5


Vague rose sur fond noir

de Martina Charbonnel

Politique  ; élections 2012

247 pages 14,8 X 21

14,50 €

  ISBN  :979-10-90342-07-1


Du vent et des larmes

de Tramontane ( Martina Charbonnel)

Politique : élections de 2007

193 pages 11x17

11€

 ISBN : 979-10-90342-06-4

 2011

Bagages accompagnés

de Martina Charbonnel 

Théâtre  (1994)

62 pages  14,8x2  12€

ISBN: 979-10-90342-05-7

 

Tapage nocturne

de Martina Charbonnel

Théâtre (1995)

111 pages   12 €

ISBN : 979-10-90342-04-0

 

Jeu de l'Oie

de  Martina  Charbonnel

Théâtre  (1985)

68 pages 14,85x21  11€

ISBN : 979-10-90342-03-0

 

La sourcière

de Martina Charbonnel

Théâtre (1985)

59 pages 14,85x2  11€

ISBN : 979-10-90342-02-6


Fais le beau !

de Martina Charbonnel

Théâtre (1985)

68 page 14,85x 21  11€

 ISBN : 979-10-90342-02-6

 

Théâtre I et II

de Martina Charbonnel ( 1984)

"Tombe amoureuse"

 "Faux-fuyant "

73 pages  11€

ISBN : 979-10-90342-00-2

 

La maternelle

 de Martina Charbonnel

Théâtre ( 1985)

80 pages  14,85x21  11 €

978-2-9536608-9-0


2010

Les meubles parlent

de Martina Charbonnel

Théâtre  (1993)

112 pages 14,8 X 21  13 €

 ISBN : 978-2-9536608-8-3

 

Gens d'entresol

de Martina Charbonnel

Théâtre  ( 2004)

82 pages  14,8x21  11,60 €

  ISBN : 978-2-9536608-7-6

 

UNe aventurière de Dieu

Le livre Une aventurière de Dieu

Une aventurière de Dieu

de Martina Charbonnel (2009 )

Témoignage spirituel

266 pages  16 €

 ISBN 979-10-90342-12-5

 

La grognasse

Le livre La grognasse

La grognasse

 de Martina Charbonnel

Roman humoristique 

 152 pages   12,50 €

ISBN : 979-10-90342-09-5

 

La Toile

Le livre La Toile

La Toile

de Martina Charbonnel

Théâtre :  (2007)

93 pages 14,85x21 10,10

 ISBN  : 978-2-9536608-3-8

 

Gigaconsom 

de Martina Charbonnel

  Théâtre  ( 2005)

Édition 2015 :

79 pages  14,5x21  9,60 

ISBN : 979-10-90342-23-1


L'être aimé invisible

de Martina Charbonnel

Amour et métaphysique

152 pages 11x17  9 €

N° ISBN : 978-2-9536608-4-5

Libérez Dieu  ! Lettre ouverte à Dieu

de Martina Charbonnel

123 pages 11x17

9,53 €

 ISBN :978-2-9536608-1-4