ACTE I

 

DÉCOR :Un intérieur d'entresol avec deux portes : En haut, une fenêtre donne directement sur un trottoir. L'ensemble paraît étriqué. Les meubles sont bas : petite table et petites, chaises comme pour des enfants d'école maternelle. Au mur il y a des étagères et un panier de basket.

 

SCÈNE 1 : GINA

Gina est une femme d’environ cinquante ans.

Elle prend sur un meuble une boîte en carton, contenant une boîte plus petite et une autre à l'intérieur. Celle-ci contient un petit gilet que Gina déplie méticuleusement. Elle le regarde attentivement.

 

GINA (soupirant) : Je ne vais jamais rentrer dedans. C'est tout ce qu'ils ont trouvé à me donner pour mon petit Noël. Y en a qui ont besoin de lunettes ! C'est pour une petite fille de dix ans ! Même Chloé ne pourrait pas le mettre. Bon, je vais l'essayer tout de même. Je ne le fermerai pas ; c'est tout. J’espère juste qu’il ne va pas craquer. Ils récupèrent n’importe quoi dans leurs machins humanitaires. Ils se soucient pas de savoir si ça vous va ou pas !

 

Gina essaie le gilet. Elle ne parvient qu' à y glisser un bras. Elle tourne avec en se regardant dans un miroir. Elle retire le vêtement et le range dans la plus petite des boîtes.

 

GINA: Je pourrais même pas m'en servir pour faire le ménage. Je vais le donner à Madame Bouvier. Elle pourra toujours en faire un manteau pour son chien !

 

Elle empile les boîtes gigognes les unes dans les autres. On sonne : Gina va ouvrir la porte du fond.

 

SCÉNE 2 : GINA, ROBERT FERNEL

Un homme d’environ quarante ans, d’allure classique entre et serre la main de Gina. Assez grand, il se voûte légèrement.

 

ROBERT : Bonjour Madame, je suis Robert Fernel le candidat du Parti du Peuple Silencieux pour l'élection municipale. C’est mignon chez vous ! Afin de mieux connaître les préoccupations des citoyens, je rends visite aux personnes que nous n'avons pas l'habitude de rencontrer.

 

GINA :Si vous n'avez rien de mieux à faire ! En principe ce qu'on attend d'un peuple silencieux c'est qu'il se taise. Alors je vois pas ce que je pourrais bien vous dire.

 

ROBERT : Justement, nous comptons bien donner la parole à ceux qui en sont privés.

 

GINA : C'est ma parole qui vous intéresse ou ma voix?

 

ROBERT : J’aimerais juste connaître vos besoins.

 

GINA : Oh pas grand monde se soucie de nos besoins ! A force de rien avoir, on a fini par se limiter. Même nos rêves ont réduit en peau de chagrin. Ici, on est que des petites gens. Les politiques là-haut, il s'en foutent.

 

ROBERT : C'est hélas souvent vrai mais nous, on fait de la politique, autrement.

 

GINA : Ah oui, comme les autres ! Ils font tous de la politique, autrement. S’ils la faisaient pas autrement, ça changerait peut-être quelque chose.

 

ROBERT : Vous vivez seule ici ? C'est adorable votre petit studio ou studette, je ne sais pas comment vous dîtes. C'est charmant.

 

GINA : C'est un entresol. Une entresolette si vous préférez. C'est pas la peine de faire du genre. En principe ça sert de local à poubelles ou de garage à vélos. Ici, ils appellent ça des appartements. Faut dire qu'on n'en voit pas beaucoup des politiques par ici. Vous avez pas peur de vous faire agresser ?

 

ROBERT : Je n'y pense pas. Je ne crois pas au risque zéro.

 

GINA: J'comprends pas ce que vous racontez !

 

ROBERT: Pardon.Vous vivez seule ?

 

GINA Non pas tout à fait. ! Remarquez, je vois du monde de ma fenêtre. Entre nous, ça me fait une belle jambe. En parlant de jambes, on a intérêt à aimer ça par ici parce que ça défile toute la journée. ! On n'a que ça, même. Des jeunes et longues, des pleines de varices, des bas de pantalons à plis, des jeans déchirés au genou, des béquilles. Et surtout des chaussures. Là je vous assure que j’en connais un rayon !   Elles ne sont pas toujours bien cirées les godasses ! Quand elles sont fatiguées, elles baillent. Dans le quartier, y en a des toutes rafistolées, même plus en cuir. Y en a qui n'ont même plus de lacet, une simple ficelle, parfois. On a aussi droit aux poussettes et même aux chiens. C’est très varié. C'est bien mais ça manque un peu de sourire tous ces pieds.Et surtout ça manque de ciel. Tous les matins sont gris et les après-midi aussi. Je voudrais du bleu mais je rêve en gris. Ici, on est entre deux mondes ; à mi-chemin entre la cave et le ciel. Un horizon aplati si vous préférez !

 

ROBERT : Mon parti propose de relancer la construction de logements sociaux. Il vous faudrait quelque chose de plus spacieux. un appartement de trois pièces par exemple avec un balcon…

 

GINA : Oui ! C'est pas tellement pour moi mais pour ma petite. Elle a tellement souffert depuis la mort de mon mari.

 

ROBERT : C'est sûr que ce n'est pas facile à vivre pour les enfants.

 

GINA : Faut dire que ça a été tellement brutal, même si ça fait déjà longtemps. On était une famille unie. Mon mari était un grand homme… C'était un pompier. J'étais fière de lui. Il en a sauvé des gens ! Je tremblais chaque fois qu'il devait intervenir. Dans la cité ou nous habitions, tout le monde l'aimait. Comme nous étions inséparables on me nommait la Gina la pompière (elle s'interrompt pout pleurer). Et la pitchoune, vous savez comment qu'ils l'appelaient ?

 

ROBERT: Non .

 

GINA : La pompinette ! Mon Pierre, il est mort en héros (sanglots).

 

ROBERT : Les pompiers ont du courage.

  

GINA : Il a péri dans un attentat.

 

ROBERT: Ah, quel grand malheur !

 

 

GINA: C'était l'attentat à la pudeur. C'était il y a longtemps, lors des cérémonies à l'Arc de triomphe, le 11 novembre.C'est au secours de la pudeur qu'il a dû intervenir. Un homme nu comme un ver menaçait de se jeter de l'Arc de triomphe ! Vous vous rendez compte ? Devant les caméras de télévision et devant  le Président de la République ! Pierre a essayé de l'en empêcher. Il a réussi, mais c'est lui qui est tombé à sa place ! Au moins, il était habillé, lui ! L'honneur de la République était sauvé.

 

ROBERT  : Quelle tristesse ! Vous touchez une pension au moins ?

 

GINA: Oui, une toute petite pension. Mais surtout, mon mari a été décoré à titre posthume. Vous donnez votre vie pour les autres et vous avez droit à un ruban ! Qu'est-ce qu'il s'en fiche maintenant, Pierre! Le pire c'est qu'il a voulu être incinéré. Normal pour un pompier. Maintenant, il tient dans une toute petite urne. Ça fait un drôle d'effet de penser qu'un grand gaillard d'un mètre quatre-vingt-dix s'est fini dans une toute petite boîte. Si c'est pas malheureux tout de même ! Et vous voulez que je vote quoi ? Ça changera quoi ? Ça va pas me redonner un mari. Depuis longtemps, je vote plus.

 

ROBERT : Mettre le bon bulletin dans l'urne, ça peut redonner de l'espoir à beaucoup de gens.

 

GINA : Ah oui, l'espoir ! C'est ça qu'il faut ! Bon allez, j'ai bien mis mon mari dans une urne ! Quand y a de la place pour un, y en a pour deux si ça peut vous faire plaisir!

 

ROBERT : C'est peut-être pas tout à fait la même chose.

 

GINA : Je sais bien. Je suis pas aussi bête que j'en ai l'air. J'ai déjà voté, dans ma vie. C’était avant quand j'avais encore du boulot. J'étais même à la CGT.

 

ROBERT : Je suppose que vous avez perdu votre emploi ?

 

GINA : Tu parles ! Qu'est-ce qu'ils s'en fichent des petites ouvrières quand ils veulent faire plus de pognon. Hop, ils ont emmené l'usine en Asie et pas nous avec. Dommage, j'aurais bien aimé voir du pays : Taiwan, ça doit être joli ! Après, une fois qu'ils t'ont jeté, plus personne veut de toi. C'est un peu comme si tu te présentais quelque part avec marqué sur le front :" poubelle ". Remarquez, c'est sans regret. Tout compte fait, on s'habitue à pas se lever à cinq heures du matin.

 

ROBERT : Vous vous levez tout de même pour votre fille qui va à l'école?

 

GINA : Elle y va plus. De toute façon, ils en veulent plus.

 

ROBERT: Mais ils n'ont pas le droit ! L'école est obligatoire. Quel est le motif de ce refus ?

 

GINA : C'est comme ça ! Même à la grande école, la directrice la refuse.

 

ROBERT : Elle n'a plus le droit de redoubler ?

 

GINA : Vous en connaissez beaucoup , vous, des gens qui voudraient se coltiner le Cm2 pendant dix ans, les règles de trois et le subjonctif. Moi j'y ai jamais rien compris. En plus que ça sert à rien, le subjonctif. Personne parle comme ça. Á part vous peut-être…

 

ROBERT : Ça m'arrive parfois. Alors que fait votre fille  ?

 

GINA : Chloé ? Elle a pris sa retraite. Sauf que ça paye pas beaucoup ! Une retraite de cancre, ça va pas chercher bien loin !

 

ROBERT: Elle est où en ce moment ?

 

GINA : Dans sa chambre. Elle joue à la poupée. Je vais l'appeler.( Plus fort ) Chloé, ma puce, mon bébé, viens me voir viens dire bonjour au monsieur.

 

 

 

Le livre Gens d\'entresol

SCÈNE 3 : GINA, ROBERT, CHLOÉ

 

Une jeune femme de plus de vingt ans, habillée en petite fille arrive. Elle semble timide. Elle tient à la main une poupée à laquelle il manque un bras qu'elle tient dans l'autre main. Elle est plutôt jolie et Robert l'observe longuement, comme fasciné.

 

CHLOÉ : Bonjour Monsieur ! (montrant sa poupée ) Elle est cassée. J'arrive pas à remettre son bras.

 

GINA : T'en fais pas ma chérie. Maman va la réparer tout à l'heure. Laisse-là ici. Tu vois Chloé, Monsieur Fernel veut faire ta connaissance. Il sera peut-être le prochain maire.

 

CHLOÉ : Bonjour Monsieur ! Pourquoi il est pas dans sa mairie ?

 

ROBERT : Bonjour Mademoiselle. J'espère y être bientôt. Mais pour ça, j'ai besoin de tout le monde et de vous aussi. Vous êtes inscrite sur les listes électorales ?

 

CHLOÉ : Je sais pas ce que c'est. C'est Maman qui s'occupe des papiers. C'est pour les grandes personnes. Maman veut pas que je regarde les nouvelles à la télé.

 

ROBERT : Pourquoi ?

 

GINA : C'est trop horrible. Ils nous montrent que des guerres, de la misère et des meurtres. On n'a vraiment pas besoin de ça. C'est pas un spectacle pour les enfants.

 

ROBERT: Il y a aussi parfois des nouvelles qui donnent de l'espoir.

 

GINA : Peut-être, mais la télé ne les diffuse pas ! Vous perturbez ma fille avec votre politique. ( à Chloé ) Laisse-nous parler maintenant ma puce ! Ah oui… je voudrais te demander un petit service. Je voudrais que tu ailles faire quelques courses.

 

CHLOÉ : Où ça ?

 

GINA : Chez Mergrane. Tu vas me prendre ( elle réfléchit) un petit pot de miel, une galette et prends-moi aussi une plaquette de beurre.

 

CHLOÉ : Oui maman !

 

GINA : Fais bien attention en traversant la rue ! Et surtout ne parle à personne, même si quelqu'un veut t'offrir un bonbon. Dès que tu sors de chez Mergrane, tu rentres directement. T' as bien compris ma puce ?

 

CHLOÉ : Oui maman !

 

GINA : Comme tu as été bien sage, achète aussi un caramba pour toi .

 

Chloé prend l'argent tendu par Gina et sort en sautillant. Robert la regarde attentivement.


SCÉNE 4 : GINA, ROBERT

 

GINA : C'est ma raison de vivre la pitchounette. Elle est pas mignonne ? Elle est tout ce qui me reste de son père. Elle est si douce et si gentille !

 

ROBERT : Mignonne en effet, ravissante même ! Quel dommage ! Ça ne doit pas être évident pour vous. C'est pas facile de vivre avec une personne handicapée. Moi-même j'ai travaillé avec des enfants déficients. Je connais donc le problème. Mon parti propose de solutions très concrètes pour l'insertion des handicapés.

 

GINA : Foutez le camp tout de suite ! Ne comptez pas sur moi pour vous apporter une voix. Ma fille est normale. Vous comprenez ! Qu'est-ce que vous en savez vous ? Elle est juste un peu fragile. C’est pour ça que j'essaie de la protéger. Vous avez des enfants au moins ?

 

ROBERT:  Hélas non. Mais Chloé n'est pas une enfant. De quoi la protégez-vous ainsi ?

 

GINA : Du monde extérieur, des hommes et des pédophiles.

 

ROBERT. : C'est absurde de tout mélanger ainsi. Il faut tout de même relativiser. Chloé n'est pas une petite fille. Quel âge a t'elle exactement ?

 

GINA   : Mais qu''est-ce que ça peut bien vous faire son âge ?   Personne vous a jamais dit que ce n'est pas poli de demander son âge à une femme ?

 

ROBERT : Je parle de l'âge sur sa carte d'identité.

 

GINA : Les papiers, ça ne veut pas dire grand chose. Y en a même de plus en plus qui sont sans papiers maintenant. Au moins, ils sont tranquilles. Pas de papiers pas de date de naissance. Pas de carte d'identité, pas d'identité. Le vrai bonheur quoi ! D'ailleurs Chloé n'a même plus de carte d'identité.

 

ROBERT: Donc si on suit votre logique, l’idéal c’est de n’avoir aucune d'identité ! On dirait que ça vous arrange. J’ aimerais bien connaître son âge. Est-elle majeure ?

 

GINA : Vous cherchez quoi pour insister aussi lourdement ? Vous êtes flic ou vous avez des vues sur elle ? Elle a vingt-six ans, si c'est ce qui vous turlupine.

 

ROBERT : C'est juste pour tenter de l'aider. Elle pourrait bénéficier d'un programme d'insertion.

 

GINA : Oh, je vous vois venir. Je sais pas si vous voulez qu'elle s'insère, mais vous, vous ne m'avez pas l'air bien sincère !

 

ROBERT : Vous vous trompez. Ce n'est pas que le candidat qui vous parle. Je suis troublé de voir une jeune fille aussi démunie devant les réalités du monde que vous lui cachez. Vous me dites qu'elle n'est pas handicapée. Alors donnez-lui sa chance ! Vous lui dites de se méfier de tout, même en allant au supermarché. Que voulez-vous qu'il lui arrive ? Ils ne vont pas la dévorer

 

GINA : Non bien sûr ! Je connais le directeur de chez Mergrane. Ils sont très sérieux. Mais sur le trajet, elle pourrait faire une mauvaise rencontre…

 

SCÉNE 5 : GINA, ROBERT, CHLOÉ

 

Chloé arrive précipitamment, effrayée et essoufflée.

 

CHLOÉ : Maman, maman ! Au secours ! Il voulait me mordre !

 

GINA : Qui ça mon bébé ? Fais voir à maman !

 

CHLOÉ : Je me suis sauvée. Y avait près de la maison un monstre, un gros molosse !

 

GINA : Manquait plus que ça ! Et on voudrait me faire croire que je vois des dangers partout ! Qu’as-tu fait du petit pot de miel, de la galette et du beurre ? C'est le molosse qui les a mangés ? Où sont tes commissions ? On commence par manger un pot de miel et….

 

ROBERT : Qui mange du miel mange une grand-mère. Et la suite de ce proverbe est bien connue. Qui mange une grand-mère mange une petite fille. Bon, elle n'a rien votre petite Chloé ! Quant au molosse, je voudrais bien le voir.

 

CHLOÉ : Il est rentré avec quelqu'un de la maison. Mais je ne suis pas allée au supermarché. Il n'a rien eu le temps de manger …

 

On sonne. Gina se dirige vers la porte et ouvre.

 

SCÉNE 6 : GINA, ROBERT, CHLOÉ, JULIEN  

 

Un jeune homme d'un peu plus de vingt ans  entre. Il semble un peu gêné.

 

JULIEN : Bonjour ! Je suis votre nouveau voisin d'entresol : Julien Martin. On m'a confié un jeune teckel en garde pour la semaine. Je ne lui avais pas mis de laisse et je crois qu'il vous a fait peur (Il regarde Chloé.). Vous savez, il voulait juste jouer. Il est tout jeune. Il n'a que trois mois.

 

GINA : Il est interdit de sortir les chiens sans laisse. Heureusement que vous me dites qu'il n'est pas à vous. Il ne restera donc pas dans l'immeuble.

 

ROBERT : Ici un bébé teckel devient un molosse …Simple question de proportions..

 

GINA : Que ce soit un pitbull, un berger allemand, anglais ou espagnol ne change rien au problème. Oui c'est vrai : de l'entresol, on voit la vie autrement. Les chiens sont les seuls individus entiers depuis notre fenêtre. On est aux premières loges pour tout ce qui accompagne la vie de ces bêtes : les aboiements, les rencontres canines - que je te renifle et moi donc!Je vous passe les crottes. C'est toujours agréable en ouvrant sa fenêtre. Quant à ceux qui vous lèvent la patte sur les vitres…

 

JULIEN : Je comprends. Je suis nouveau locataire d'entresol. Je vais avoir droit aux mêmes nuisances. Je m'excuse encore pour le teckel. Je le tiendrai en laisse. Au revoir!

 

Julien sort. Chloé referme la porte.

  

SCÉNE 7 : GINA, ROBERT, CHLOÉ

 

ROBERT : Je vais vous parler franchement.

 

GINA : Ah ça prouve que vous avez menti jusqu'à maintenant ! Je le savais bien. Et vous voulez qu'on vote pour vous !

 

ROBERT: Oubliez un instant cette élection. Je suis un être humain avant d'être un candidat. Je vous avouerais que Chloé me préoccupe beaucoup.

 

CHLOÉ : Moi ? Pourquoi ?

 

ROBERT : Il faut que vous fassiez quelque chose de votre vie. C'est une question de dignité.

 

GINA : Attention à ce que vous dites ! Elle est plus digne que vous ma pitchoune. Elle extorque pas des voix aux électeurs elle !

 

ROBERT (à Chloé) : Travailler vous ferait du bien.

 

CHLOÉ : Je sais pas moi. J'y connais rien.

 

GINA : Elle est trop petite pour ça .

 

ROBERT : Peu importe. Je peux lui trouver un tout petit emploi.

 

CHLOÉ: C'est vrai ?

 

ROBERT: Oui ! Tout en bas de l'échelle.

 

GINA : Au moins si elle tombe, ce sera pas de très haut !

 

ROBERT : C'est un emploi d'insertion.

 

GINA : On dirait que ça vous plait d'insérer. Vous n'avez que ce mot là à la bouche. Insérer quoi dans quoi, on se le demande ! C'est une idée fixe !

 

ROBERT : Laissez-moi d'abord vous expliquer ! : vous avez entendu parler du recyclage des déchets ménagers ?

 

GINA : Ah oui les ordures ! Nous y voilà !

 

ROBERT : Ne prenez pas tout mal ! Il faut du personnel pour trier les déchets ! C'est important pour l'environnement.

 

GINA : Et comment donc ! C'est tout ce que vous avez à lui proposer ?

 

ROBERT : C'est juste un début. Elle progressera selon ses capacités.

 

GINA : Bien entendu ! Elle va commencer par trier des petites merdes et juste après,   elle s'occupera des grosses ordures !

 

CHLOÉ : Je comprends rien à ce que vous dites ! Ça consiste en quoi, ce tri ?

 

GINA : C'est comme le tri du courrier sauf qu'au lieu de trier des lettres, on trie des saletés ! Encore que la plupart du courrier va à la poubelle. Alors c'est un peu comme travailler à la poste. Sauf que maintenant, ils ont des machines pour trier le courrier. C'est normal parce que le courrier c'est propre et comme ça, ça dégueulasse pas les machines. Elles sont pas folles les machines hein ! Elles se laissent pas coller le sale boulot. Dès que c'est dégoûtant, y a que les êtres humains pour le faire !

 

ROBERT : Vous ne pourriez pas être plus positive ?   C'est à cause de vos idées trop étroites que votre vie est aussi limitée. Si Chloé accepte de travailler ce sera pour vous deux une bouffée d'oxygène.

 

GINA : Tu parles ! Pour elle, ce sera surtout une bouffée de puanteur ! Et le salaire, il existe au moins?

 

ROBERT : Comme il s'agit d'un tout petit boulot de quatre heures pas jour, il ne peut s'agir que d'un tout petit salaire : Á peu près comme les minima sociaux peut-être même un peu moins.

 

GINA : Moins que le minimum ? Moins que rien ? Pourquoi c'est moins que moins ?

 

ROBERT : Il faut payer du personnel pour accompagner le candidat à l'insertion. D'ailleurs, je vais en parler aux services sociaux.

 

GINA : Pourquoi les service sociaux ? Ma fille c'est pas une casse sociale ! Ils vont pas me l'enlever au moins ?

 

ROBERT : Quand vous aurez compris que Chloé est majeure, tout ira beaucoup mieux pour elle. Personne ne peut vous l'enlever. (soupirant ) Malheureusement ! Les services sociaux, c'est juste pour son accompagnement.

 

GINA : Vous prétendez qu'elle est grande et en même temps vous dites qu'il faut l'accompagner. Tant qu'à faire, ils peuvent aussi faire les poubelles à sa place !

 

ROBERT : On se passera des services sociaux si vous voulez. Le tout est de savoir si Mademoiselle veut travailler. Moi, je ne veux obliger personne. C'est juste pour rendre service.

 

CHLOÉ : Oui, je veux bien.

 

ROBERT : Très bien. C'est un bon début.. Vous allez gagner en autonomie et ce sera mieux pour tout le monde (Il sort une carte de visite qu'il tend à Chloé. ). Appelez-moi à ma permanence ! J'y suis toute la journée du jeudi. Sinon prenez rendez-vous ! Je vous ferais une recommandation pour l'employeur qui est un de mes amis. Ne craignez rien : tout se passera très bien. Trouver des solutions concrètes en rendant visite aux citoyens, c’est ça, faire de la politique autrement.

 

Gina le raccompagne à la porte.

Parution en 2015

Le livre

 

LA CHARLITUDE, ÇA N'EXISTE PLUS

de  Martina Charbonnel

107 pages noir  et blanc 14,85x21 illustrations N et B

9,80 €

 ISBN  : 979-10-90342-21-7

 2014

 

MOUVEMENT CONJONCTION

L'avant-garde en peinture

Auteurs :

Georges Koutsandréou et Martina Charbonnel


Le livre MOUVEMENT CONJONCTION Bannière 648x6

153 pages couleurs  format A4 39,59 €

ISBN : 979-10-90342-19-4

2013

 CLONITUDE

de  Martina Charbonnel

Roman ( écrit en 1997)

200 pages(14,8x21cm)  16 €

979-10-90342-16-3

2012

Le livre L\'enterrement du dernier peintre

L'enterrement du dernier peintre

de Martina Charbonnel


Livre sur l'art contemporain

283pages 14,85x21 16 €

ISBN :  979-10-90342-08-8

 

Le livre L\'injection létale

L'injection létale

Les dangers d'une loi sur l'euthanasie

de Martina Charbonnel

109 pages  14x85x21  11,50 €

 ISBN  979-10-90342-12-5


Vague rose sur fond noir

de Martina Charbonnel

Politique  ; élections 2012

247 pages 14,8 X 21

14,50 €

  ISBN  :979-10-90342-07-1


Du vent et des larmes

de Tramontane ( Martina Charbonnel)

Politique : élections de 2007

193 pages 11x17

11€

 ISBN : 979-10-90342-06-4

 2011

Bagages accompagnés

de Martina Charbonnel 

Théâtre  (1994)

62 pages  14,8x2  12€

ISBN: 979-10-90342-05-7

 

Tapage nocturne

de Martina Charbonnel

Théâtre (1995)

111 pages   12 €

ISBN : 979-10-90342-04-0

 

Jeu de l'Oie

de  Martina  Charbonnel

Théâtre  (1985)

68 pages 14,85x21  11€

ISBN : 979-10-90342-03-0

 

La sourcière

de Martina Charbonnel

Théâtre (1985)

59 pages 14,85x2  11€

ISBN : 979-10-90342-02-6


Fais le beau !

de Martina Charbonnel

Théâtre (1985)

68 page 14,85x 21  11€

 ISBN : 979-10-90342-02-6

 

Théâtre I et II

de Martina Charbonnel ( 1984)

"Tombe amoureuse"

 "Faux-fuyant "

73 pages  11€

ISBN : 979-10-90342-00-2

 

La maternelle

 de Martina Charbonnel

Théâtre ( 1985)

80 pages  14,85x21  11 €

978-2-9536608-9-0


2010

Les meubles parlent

de Martina Charbonnel

Théâtre  (1993)

112 pages 14,8 X 21  13 €

 ISBN : 978-2-9536608-8-3

 

Gens d'entresol

de Martina Charbonnel

Théâtre  ( 2004)

82 pages  14,8x21  11,60 €

  ISBN : 978-2-9536608-7-6

 

UNe aventurière de Dieu

Le livre Une aventurière de Dieu

Une aventurière de Dieu

de Martina Charbonnel (2009 )

Témoignage spirituel

266 pages  16 €

 ISBN 979-10-90342-12-5

 

La grognasse

Le livre La grognasse

La grognasse

 de Martina Charbonnel

Roman humoristique 

 152 pages   12,50 €

ISBN : 979-10-90342-09-5

 

La Toile

Le livre La Toile

La Toile

de Martina Charbonnel

Théâtre :  (2007)

93 pages 14,85x21 10,10

 ISBN  : 978-2-9536608-3-8

 

Gigaconsom 

de Martina Charbonnel

  Théâtre  ( 2005)

Édition 2015 :

79 pages  14,5x21  9,60 

ISBN : 979-10-90342-23-1


L'être aimé invisible

de Martina Charbonnel

Amour et métaphysique

152 pages 11x17  9 €

N° ISBN : 978-2-9536608-4-5

Libérez Dieu  ! Lettre ouverte à Dieu

de Martina Charbonnel

123 pages 11x17

9,53 €

 ISBN :978-2-9536608-1-4