Début de la pièce

CASE 2 : SONIA, LA CONCIERGE

Sur cette case, Sonia, jeune femme d'environ vingt- cinq ans est vêtue d'une chemise de nuit. Elle tient dans chaque main, deux énormes dés qu'elle peut poser lorsqu'elle parle. Elle semble perdue. Une concierge passe la serpillière. Surprise, Sonia laisse tomber les dés.

 

LA CONCIERGE : Où allez-vous ?

 

SONIA : Je ne sais pas.

 

LA CONCIERGE (incrédule): Vous ne savez pas ? Ça commence bien ! Mais que faites-vous dans cette tenue ?

 

SONIA : Je ne sais pas.

 

LA CONCIERGE (irritée): Vous ne savez rien, alors? C'est pas moi qui vais savoir à votre place ! Qui venez-vous voir ?

 

SONIA (ennuyée) : Je vous dis que je ne sais rien.

 

LA CONCIERGE: Voilà qui est très intéressant ! Mais que faites-vous dans mon escalier ?

 

SONIA : Je n'en sais pas plus que vous. Je me suis endormie hier soir, comme d'habitude, juste un peu plus fatiguée car j'avais un rapport à finir et je me suis réveillée loin de chez moi devant un panneau indiquant le départ. Départ pour quoi ? Je me le demande bien. Je n’ai trouvé pour toute explication que cette paire de dés que voici. (Elle montre les deux dés.) Désemparée, je les ai lancés. Ils m'ont dit d'avancer de deux cases. C'est pourquoi, je me trouve dans cet escalier.

 

LA CONCIERGE : Vous êtes sans doute trompée de case.

 

SONIA : Nous ne sommes donc pas au deux ?

 

LA CONCIERGE : Si. C'est bien le 2 rue de l'oie. Ah, mais j'y suis ! Vous êtes la nouvelle locataire ! C'est pour l'appartement du quatrième.

 

SONIA : Mais je ne cherche pas d'appartement. Le mien me convient tout à fait, mais le reverrais-je bientôt ?

 

LA CONCIERGE : L'appartement du quatrième est agréable. Où sont vos affaires ?

 

SONIA   :   Je ne   sais pas.   J'aurais bien aimé me préparer d'avantage. Je n'ai même pas eu le temps de faire mes valises. Mais est-ce vraiment important ?

 

LA CONCIERGE : Avez vous votre bail ?

 

SONIA : Je vous dis que je n'ai rien. Laissez moi passer !

Elle tente de se diriger vers l'escalier. La concierge lui barre le passage.

 

LA CONCIERGE : Pas par ici ! Je viens juste de nettoyer. Vous allez salir. Et puis, les locataires m'ont demandé de ne pas laisser rentrer n'importe qui dans l'immeuble.

 

SONIA : Je comprends, mais je ne sais pas où aller. Je ne vais pas dormir dehors !

 

LA CONCIERGE : J'ai bien l'impression que vous voulez aller chez le locataire du sixième. Vous savez celui qui vit avec cinq chats. II reçoit toujours des gens bizarres. Vous êtes sa nouvelle petite amie, n'est-ce pas ?

 

SONIA : Je ne crois pas. Mon ami n'habite pas dans cet immeuble et il a horreur des chats.

 

LA CONCIERGE : Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de vous ? Je ne peux pas vous laisser repartir comme ça. Dans cette tenue, il pourrait vous arriver des histoires. Nous allons chercher ensemble. Où voulez vous aller ?

 

Sonia lance les dés.

 

SONIA : Cinq plus trois : Ça fait huit.

 

LA CONCIERGE : Impossible, il n'y a pas huit étages.

 

SONIA : Je suis désolée mais je suis tombée sur le chiffre huit. Nous devons avancer de huit cases.

 

LA CONCIERGE : J'espère que vous ne comptez pas aller loin comme ça. Vous allez m'essouffler. C'est que je ne suis plus toute jeune moi.

 

Elles avancent de huit cases en comptant à chaque case. Elles arrivent sur la case 10.

 

CASE 10 : LES MÊMES, LA SALTIMBANQUE 

 

Une saltimbanque avec de longs cheveux roux se tient devant la roue d'une loterie. Sonia pose ses dés.

 

LA SALTIMBANQUE : Avancez, mesdames, mesdemoiselles. Venez jouer à la grande loterie ! Á tous les coups on gagne ! Et c'est gratuit. N'hésitez pas ! Approchez! ( Á Sonia) Par ici, mademoiselle ! Venez gagner vos rêves les plus fous !

 

SONIA (à la concierge) : Je n'ai ni le temps ni l'envie de jouer. Je veux juste rentrer chez moi.

 

LA SALTIMBANQUE : Alors, vous ne jouez pas ?

 

SONIA : Je n'ai pas de temps à perdre. J'ai un rapport à finir.

 

LA SALTIMBANQUE (familière) : Joue plutôt ta chance et tu verras que tout ceci n'aura plus aucune importance !

 

LA CONCIERGE (à Sonia) : Allez, vas-y, ma fille ! Ça peut rapporter gros.

 

SONIA : Mais qu'y a t-il à gagner ?

 

LA SALTIMBANQUE : Tout ce tu peux désirer. L'amour, la célébrité, la chance, le mariage, la haine, la réussite, la peur, la mort, de beaux enfants, le suicide, la folie, le désespoir, la fortune, la maladie, les impôts, les dettes, la ruine, le bonheur, enfin que des bonnes choses...

 

SONIA (inquiète) : Vous appelez ça des bonnes choses ?

 

LA SALTIMBANQUE : L'important c'est de gagner. Le reste est dérisoire.

 

SONIA : Mais moi,   je n'ai pas envie de   jouer.

 

LA SALTIMBANQUE : Tu n'as pas le choix. Tu es venue sur ma case : Tu dois jouer le jeu !

 

LA CONCIERGE ( à la saltimbanque) : Vous avez vu comme elle est mauvaise joueuse !

 

SONIA : Et que se passera-t-il si je ne joue pas ?

 

LA SALTIMBANQUE : Tu seras éliminée.

 

SONIA : Alors, je pourrais rentrer chez moi.

 

LA SALTIMBANQUE : Tu n'as pas l'air de comprendre. Tu seras éliminée( avec insistance.). É-li-mi-née !

 

LA CONCIERGE (inquiète) : Á votre place, moi je jouerais.

 

SONIA (en soupirant) : Et bien puisque c'est ainsi, j'accepte. Que dois-je faire ?

 

LA SALTIMBANQUE : Allez, donne-moi un chiffre entre un et treize !

 

SONIA : Euh (Elle réfléchit.)... Quatre !

 

LA SALTIMBANQUE (Elle fait tourner la roue.) : Un, deux, trois quatre... Tu devras jouer encore une fois. Mais pour commencer, tu as gagné l'abandon.

 

SONIA : Je ne comprends pas.

 

LA SALTIMBANQUE : Pour continuer ce jeu passionnant, tu vas devoir laisser derrière toi tout ce que tu as construit, et tout ce qui t'a intéressée jusqu'à présent. As-tu une idée de ce que tu dois quitter ?

 

SONIA : Oui, mais je n'en ai pas envie.

 

LA SALTIMBANQUE : La grande loterie en a décidé ainsi. Alors dis nous ce que tu vas abandonner !

 

SONIA : Bon ! ( Elle soupire. ) Je vais abandonner mon appartement avec toutes mes affaires, un travail qui me plait, mes amis, et particulièrement l'homme que j'aime. ( Après un silence) Non, je ne veux pas. Je veux retourner chez moi. Cessons ce jeu stupide !

 

LA SALTIMBANQUE : C'est trop tard. Tu l'as dit, donc tu as choisi. C'est très bien. Maintenant tu vas pouvoir rejouer encore une fois.

 

SONIA (furieuse) : Je refuse.

 

LA SALTIMBANQUE : Tu n'as pas le droit de refuser. Donne-moi un autre numéro !

 

SONIA : Non ! Vous me faites tout quitter sans avoir eu le temps de prévenir qui que ce soit. Tous vont s'inquiéter de mon absence et en plus vous voudriez que je rejoue ?

 

LA SALTIMBANQUE : Laisse le passé où il est et joue !

 

SONIA : II n'y a que des choses horribles dans votre sale loterie.

 

LA SALTIMBANQUE : C'est ta façon de voir . Tu ne retiens que ce qui te fait peur. Alors, ne t'étonne pas si tu tombes dessus.

 

SONIA : Je ne comprends pas.

 

LA SALTIMBANQUE : Il ne nous arrive que ce   que nous désirons réellement au fond de nous, mais ce que nous redoutons le plus, nous finissons par l'attirer. Maintenant, tu as la clé de la loterie. Joue et tu verras que rien de ce qui t'arrive n'est injuste !

 

SONIA (légèrement rassurée) : je veux bien refaire un essai : Chiffre sept !

 

LA SALTIMBANQUE ( elle tourne la roue) : Très bon chiffre. Un, deux trois, quatre, cinq, six, sept. Tu as gagné le deuil.

 

SONIA : On ne peut pas faire confiance à votre loterie.

 

LA SALTIMBANQUE : Fais-toi d'abord confiance ! En attendant, une personne que tu as aimée doit mourir pour toi. Mais vois-tu, la loterie est une amie. Cette personne tu peux la choisir.

 

SONIA   : Je   serais responsable de   sa mort   ?

 

LA SALTIMBANQUE : Tu seras responsable d'assumer ce deuil.

 

SONIA : Je ne comprends pas très bien. (Elle réfléchit.) Ça y est, j'ai trouvé : Ma mère.

 

LA SALTIMBANQUE : Es-tu sûre de l'aimer vraiment ?

 

SONIA : Je l'ai aimée.

 

LA CONCIERGE : Voyez-vous ça ! On se donne du mal pour élever les enfants et après, ils ne pensent qu'à vous enterrer ! C'est à vous dégoûter !

LA SALTIMBANQUE : Tu as bien joué et tu vas pouvoir continuer la partie. Mais sans le savoir, tu as gagné le gros lot.

 

SONIA : Qu'est-ce que c'est encore que ça ? Vos gros lots, je commence à les connaître.

 

LA SALTIMBANQUE : Non, cette fois tu n'as rien à craindre. Tu as gagné ma présence pendant ton voyage.

 

SONIA : Et vous croyez que ça me fait plaisir?

 

LA SALTIMBANQUE : Je serai ta bonne étoile.

 

SONIA : Pour l'instant, vous ne me l'avez pas tellement prouvé. Et qui s'occupera de votre loterie pendant votre absence?

 

LA SALTIMBANQUE : T'en fais pas pour elle. Elle continue à tourner. Elle ne s'arrête jamais.

 

LA CONCIERGE ( excitée) : Quelle aventure !

 

LA SALTIMBANQUE : Allez, lance les dés !

 

SONIA (jetant les dés): Cinq plus deux : Sept. Nous

sommes case dix, ça fait donc dix-sept.

En lire plus :

Pour télécharger les premières "cases  "( scènes) de la pièce  voir le site  théatral de Martina Charbonnel

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